Yogyakarta, ce que l'on traverse vraiment
Le temple Borobudur n’est pas une ruine : c’est un mandala de pierre posé sur une colline du plateau de Kedu, à quarante kilomètres de la ville. Construit entre le VIIIe et le IXe siècle, il déploie ses galeries sur plusieurs niveaux jusqu’à trois plateformes circulaires et un stupa central. On y compte 72 stupas ajourés — chacun abritant un bouddha — et 504 bouddhas au total, statues assises dont les gestes des mains racontent, dit-on, cinq enseignements différents. Depuis 1991, l’ensemble est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO – Ensemble de Borobudur. Au sommet, le stupa central est vide : aucune statue à l’intérieur. Dans la pensée bouddhique, il figure l’inexprimable — ce qui ne peut être ni montré ni nommé. On monte tout en haut d’un monument couvert de figures pour arriver devant un vide, et c’est ce vide qui, étrangement, prend le plus.
À l’est, le temple Prambanan raconte une autre histoire : celle du retour de l’hindouisme à Java au IXe siècle. C’est le plus grand ensemble de temples hindous d’Indonésie. Au centre, trois sanctuaires dédiés à Shiva, Vishnou et Brahma culminent à près de cinquante mètres. Les galeries du temple de Shiva déroulent un chef-d’œuvre : les bas-reliefs du Ramayana, sculptés scène après scène. Inscrit à l’UNESCO – Prambanan en 1991, Prambanan partage avec Borobudur le même plateau, la même dynastie, la même ambition. La pierre, ici, se lit comme une œuvre d’archéologues autant que de bâtisseurs : après le séisme de 2006 et les restaurations successives, des blocs neufs côtoient les originaux, rendant le temple plus humain, plus fragile, plus émouvant.
Impossible de visiter Yogyakarta sans lever les yeux vers le volcan Merapi — « la montagne de feu » — qui domine la plaine de ses quelque 2 900 mètres. L’un des volcans les plus actifs du monde selon le Smithsonian Global Volcanism Program – Merapi, il est en éruption continue depuis des années ; le suivi en temps réel est assuré par le BPPTKG. Les Javanais entretiennent avec lui une relation que l’on comprend en une journée : ni peur, ni défi, mais une forme de respect familial. Le Merapi n’est pas un décor : c’est un voisin.
























