Une montagne vivante
Ferme les yeux et imagine cette route qui monte. Au début, il reste des maisons, des fumées de cuisine, un chien qui aboie sans conviction. Puis la forêt se referme. Les troncs deviennent hauts, humides, couverts de mousse. Le sol sent la terre mouillée — et, en saison des pluies, il t’avale le pied à chaque pas. Les racines forment des marches vivantes. Tu montes. Tu montes encore.
Ce que tu perçois dans le noir, ce n’est pas le paysage : c’est le froid qui gagne, le vent qui change de timbre, le moment où le sol devient sec et craquant sous les semelles. Soudain, plus d’arbres. Juste de la roche volcanique, des cailloux roulants, et un ciel immense au-dessus de ta tête. C’est là que tu comprends pourquoi les Balinais ont fait de cette montagne un dieu.
Et puis l’aube. La lumière arrive par en dessous d’abord, comme si elle remontait des vallées. Le mont Batur émerge à droite avec son lac en croissant. Plus loin, la silhouette du Rinjani se dessine sur Lombok. Le volcan Bali s’étale à tes pieds, et au-delà, c’est la mer, les îles, l’Indonésie entière qui s’étire dans la brume dorée. Tu ne dis rien. Personne ne dit rien.
























